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Vidéosurveillance – 13 février 2012

Intervention au Conseil Municipal du 13 février 2012
sur la vidéosurveillance

 

 

 

« Monsieur le Maire, mesdames et messieurs les Conseillers municipaux.

 

Une fois de plus, la vidéosurveillance est à l’ordre du jour, car nous dit ce rapport,  « il est nécessaire de lancer de nouveaux marchés pour poursuivre l’extension du dispositif. »

 

Ce projet est donc une nécessité. Définition de nécessité du Grand Larousse :   « Caractère  de ce dont on ne peut se passer, de ce qui est inévitable, inéluctable. »

Maintenant, il faudrait que l’on m’explique qui décrète cette nécessité. Selon quel bilan, selon quels critères.

La population est parait-il demandeuse.  Donc, la municipalité est pragmatique et va dans ce sens. C’est ce que vous nous dites à chaque fois que la question revient à l’ordre du jour. J’ouvre une parenthèse : si je suis ce raisonnement, vous êtes donc favorable au retour à la retraite à 60 ans puisque c’est que ce souhaite la population. Je ferme la parenthèse.

 

Bref, une nécessité qui ne se base sur aucun bilan, aucune étude. A deux reprises, j’ai fait cette requête[1] et invariablement vous l’avez balayé d’un revers de main. Et pourtant, on parle bien de 500 000 euros par an jusqu’à présent pour uniquement du matériel. Car c’est bien de l’argent des contribuables dont il est question. Je laisse de côté volontairement le côté philosophique du problème de la surveillance.

 

La seule vision qui vaille, c’est la méthode coué : la vidéosurveillance, ça marche. On ne peut pas le prouver, mais ça marche ! Et je le répète, je ne demande qu’à être convaincu. Je n’en demande pas plus que ce décrit le Ministère de l’Intérieur[2] comme possible méthode d’analyse. Mais pour l’instant, force de constater que vous n’y tenez pas. Sûrement rien à voir avec le fait qu’aucune étude scientifique donc sérieuse n’a été en mesure de démontrer cette supposée efficacité.

 

Quel bilan tirer alors que n’est pas pris compte l’effet plumeau qui consiste  à voir la délinquance se déplacer  vers des zones sans caméras ?  Une lubie !

 

– A-t-on éradiqué toute délinquance et passage à l’acte dans les zones surveillées ? Non, parce que hélas, le risque de se faire identifier et plus encore interpellé est jugé faible et où les possibilités de fuite sont nombreuses.[3]

 

–          Reste les données brutes de la délinquance dont il est difficile d’en tirer des conclusions car même l’INHES[4] (Institut National des Hautes Etudes de Sécurité), en lien avec le ministère de l’Intérieur, admet qu’il n’est pas possible de faire de corrélation entre l’installation des caméras et l’élucidation des délits.  Bref, ces données brutes nous donnent à Saint-Quentin une augmentation générale en 2011 de la délinquance et une baisse du taux d’élucidation  (ce dont je ne me réjouis pas)  et une baisse des atteintes aux personnes et aux biens (hormis pour les cambriolages). Saluons alors les forces de l’ordre qui font un travail difficile, alors même que leurs effectifs ont diminué à Saint-Quentin de 15%  depuis 2002[5].

 

 

Mais à Saint-Quentin, a vidéosurveillance, c’est nécessaire, quelle qu’en soit l’efficacité, quel qu’en soit le coût ! Je rappelle juste au passage, que l’an dernier, la vidéosurveillance c’était 40 réquisitions judiciaires et 120 recours aux forces de l’ordre par le Centre de Supervision Urbaine à mettre en parallèle 4300 faits de délinquance.

 

 

La ville veut donc déployer de nouvelles caméras. Combien, où, pourquoi, on ne nous l’indique pas, mais c’est nécessaire. A terme, combien de caméras ?  Selon quels critères ? On navigue totalement à vue, mais c’est nécessaire.

 

 

 

Laissons à la Police Nationale ses prérogatives, les crimes et délits. Car la vidéosurveillance, c’est aussi un transfert de compétences et de charges de l’Etat vers les communes.

Tant que la vidéosurveillance ne fera pas la preuve de son efficacité, parce qu’il n’est qu’un outil extrêmement coûteux, ou service d’une idéologie visant à concentrer les ressources et les moyens publics dans des dispositifs sécuritaires au détriment des institutions d’éducation, d’action sociale, nous ne pourrons pas aller dans le sens de ce rapport.

Et j’ai déjà eu l’occasion de le dire, qu’est-ce que nous aimerions que l’on mette autant d’ardeur et d’argent à traquer la délinquance financière et autres patrons voyous !

 

 

[1] Etude dont les critères seraient :

–          Cibler  quelques délits bien précis.

–          Choisir des secteurs de ville : l’analyse de l’impact ne peut être basé sur les individus mais sur des territoires, similaires, qu’il faut comparer avec l’utilisation ou non de la vidéosurveillance.

–          la délinquance étant toujours sujette à des fluctuations de contexte : par exemple Les vols de portables sont de fait plus courants aujourd’hui qu’il y a 15 ans. Donc, prendre en compte le contexte.

–          Comparer des zones témoins (avant et après l’installation de la vidéosurveillance, avec un recul d’au moins deux ans dans chaque cas ; tout en la comparant avec des zones sans vidéosurveillance. Ceci en prenant en considération que la délinquance se déplace (effet plumeau de la vidéosurveillance)

–          Tenir compte des effets concurrents (comme le fait que des zones soient éclairées, ce qui rend plus difficile le passage à l’acte, et n’est pas forcement le fruit de la vidéosurveillance). »

 

[2] http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_votre_service/video-protection/documentations/evaluation/evaluation-videoprotection/view

« Il est nécessaire d’être en mesure d’apprécier l’évolution de tout ou partie de la délinquance sur le secteur vidéo protégé mais également sur les zones en périphérie du dispositif et sur l’ensemble de l’agglomération. La méthode pourrait également s’appliquer à une zone test située au sein de l’agglomération et présentant les mêmes particularités sociales, économiques, urbaines et délinquantes que la zone vidéo protégée afin de tenter d’isoler au mieux les effets de la seule vidéoprotection. »

[3] La vidéosurveillance est-elle une réponse efficace à la délinquance ? Tanguy Legoff

[4] INHES, La vidéo protection – conditions d’efficacité et critères d’évaluation, mai 2008

 

[5] Source Police Nationale : 2002 environ 151, 2007 : 138,  2012 : 134 fonctionnaires en poste

 

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